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Témoignage

Arriver. Après la première séance, qui a pris organiquement forme entre nous d’un échange parlé, pour s’apprivoiser, se situer, se raconter… je me suis sentie pleine, trop pleine, gonflée, pesante, douloureuse. Déterminée à observer et accueillir tout ce qui viendrait à moi pendant cette retraite, je me suis dit que ces sensations se présentaient justement là POUR moi. Avec sens. Pour me dire. Pour situer un état.
Et j’ai pu poser une première distance, indispensable au reste de mon séjour : ces sensations ne sont pas Moi. Cette douleur n’est pas Moi. Elle est un passage, une transition.

Le travail de fond a débuté avant même mon arrivée à Vu Dici. Le travail a commencé au moment où j’ai ouvert dans ma tête l’espace d’une possibilité pour ce travail. Le moment où j’ai rempli le questionnaire en ligne pour faire connaissance et évoquer les raisons de ma démarche. Le travail a continué en créant l’espace dans mon agenda pour 3 jours complets de coupure. Il a continué avec le choix de ce que j’ai emmené avec moi dans ma valise, mes vêtements, mes livres, et mes attentes aussi.

Le travail le plus flagrant s’est poursuivi avec la décision de couper mon téléphone complètement pour ces 3 jours. Refuser les sollicitations extérieures. Simplement accueillir les sollicitations intérieures. Alors seulement, les distractions absolues de moi-même m’ont sauté aux yeux. Tout ce que je peux inventer pour, sincèrement, ne pas m’écouter. Face à ce constat, je cède.

Le dialogue interne peut enfin reprendre. Et toutes ces choses que j’ai à me dire, à me raconter…! De simples remarques que je me fais à moi-même, à des prises de conscience plus profondes, de schémas et conditionnements qui sont imprimés en moi et que je prends le temps de voir, observer, comprendre. Enfin ! Ce flot de pensées conscientes, ce rythme, remonte à la surface et vient bercer l’arrière de mon front.

Laisse couler.

Des mémoires, des images. Les femmes de ma lignée. Je me surprends, j’écris.

Céder, à l’immobilité, à l’ennui, à la rêverie.
Et laisser surgir, une envie, un mot, un mouvement.

A la mi-parcours de cette retraite, il y a l’angoisse sourde qui monte. Celle du retour. Du retour au rythme quotidien. De l’avalanche de mails et de messages que mon téléphone me vomira lorsque je le rallumerai. Et surtout l’urgence d’affronter la véritable raison de ma venue.

C’est l’objet de nos 3 dernières séances. Clarifier une décision vitale pour moi. Prendre ma place juste. Restaurer mon territoire, mon coeur, mon corps. Acter mes limites. Sans tension, avec souplesse, avec soin. Ne pas me laisser envahir. Calmement, tenir cette place, face à moi et face aux autres. Pour que chaque mot, chaque mouvement, soit juste, sans douleur et pleinement conscient.

Pouvoir engendrer, incorporer, incarner cette décision, ce choix, dans mon espace, dans mon temps, dans mon esprit, dans mon corps.

De retour à ma vie quotidienne, certains mots de nos séances résonnent encore comme des mantras.
Céder. Se laisser traverser. Transitionner.
« Ça, c’est toi. »
Je roule, le sol sous ma peau, les yeux fermés je cherche mon chemin… Une impasse. Et la voix qui me guide :
« Où est-ce que ça va ? Comment ça continue ? Comment ça se transforme ? »
Le dernier soir, je m’autorise une pause, je n’ai plus de livre à lire, je fouille les recoins de mes enregistrements mp3, il me reste un livre audio.

Je m’assieds et j’écoute une voix qui raconte l’histoire d’une jeune fille qui n’est pas moi.

A quelques instants de la fin, une phrase me happe et m’enveloppe :
« La mer et le ciel se balançaient en elle ».
C’est en moi. Infini, et en mouvement.
Rien n’est figé.
TOUT SE TRANSFORME.
C’est cela que je suis venue chercher. La force de transformer.

Hélène