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S’incarner c’est créer la forme de son être

Dans mes retraites et ateliers, je parle souvent de la nécessité de « s’incarner », pour devenir pleinement soi-même. Que faut-il comprendre par là ? Quelles sont les implications pour nous, dans le domaine du développement personnel ? Je vous propose un éclairage d’inspiration philosophique effectué par une rédactrice invitée, Juliette Didier Champagne.

« S’incarner », c’est se donner une forme

« S’incarner » vient du latin caro, carnis, et signifie littéralement « prendre chair ». En ce sens, il n’est pas évident de comprendre comment un individu pourrait s’incarner davantage, dans la mesure où nous sommes tous déjà des êtres charnels. Mais si nous creusons plus encore dans la sémantique du verbe, nous trouvons l’expression « prendre forme », ce qui devient rapidement très riche de sens pour nous. En effet, le champ lexical de la forme est prégnant lorsqu’il s’agit de parler d’évolution personnelle : nous parlons notamment de « transformation » intérieure, ou encore de « métamorphose ».

Pour s’incarner soi-même, il ne s’agirait donc pas tant de prendre chair que de se donner une forme, et pas n’importe laquelle : la forme du « soi ».
Le corps est là, présent comme une masse, mais il nous faudrait, à la manière d’un sculpteur, dessiner nos propres contours : ceux qui nous rendent uniques, ceux qui révèlent qui nous sommes réellement.

Comment réaliser la forme du soi ?

Mais comment réaliser la forme du soi ? S’agit-il de reproduire une forme déjà vue ? Ou bien de la construire à partir d’un modèle ? Ou encore de la créer ? Comment, à proprement parler, s’incarner soi-même ?
Nous commencerons d’abord par évoquer deux écueils.

Reproduire une forme : incarner une autre que soi

Lorsque nous ne savons pas vraiment qui nous sommes, nous ne savons pas non plus quelle forme nous donner, et comment nous réaliser. Alors, perdus, nous commençons à nous référer aux autres. Nous ne cherchons plus notre forme à l’intérieur de nous, mais à l’extérieur de nous. Nous regardons les autres et nous cherchons à reproduire ce qu’ils sont, ce qu’ils pensent, et ce qu’ils font. C’est ainsi que petit à petit nous en venons à incarner quelqu’un d’autre…

Ce fonctionnement nous amène à une impasse dramatique. Premièrement nous investissons dans une illusion : même en étant extrêmement doué dans l’art du mimétisme, nous ne pourrons jamais nous transformer en l’autre. Nous ne serons que son aspect superficiel ou ce qui nous apparaît de lui, en bref son « image ». Ensuite, c’est une manière de passer à côté de nous-mêmes, de ne jamais apprendre à nous connaître, ce qui est une grande perte pour soi et pour le monde en général. En effet, le temps et l’énergie passés à ressembler à l’autre nous empêche d’être dans la recherche personnelle de notre forme qui est unique, et qui a besoin de nous pour se réaliser. La fameuse citation d’Oscar Wilde arrive ici à point nommé : « Soi toi-même, tous les autres sont déjà pris ! ».

Construire une forme : incarner un personnage

Il est une autre manière de se donner une forme qui conduit à une impasse. Celle-ci procède différemment que la première : elle ne se réalise pas sur le mode de la reproduction (copier les autres) mais plutôt de la construction, au sens sociologique du terme. Nous nous construisons à partir d’un modèle ou d’une idée de nous-mêmes dont nous pensons qu’elle vient de nous et qu’elle est authentique, mais en réalité elle vient de l’extérieur. Elle nous a souvent été imposée, de manière consciente ou non, par les conventions sociales ou les croyances familiales. Qu’elle soit valorisante ou non, cette image de nous-mêmes est construite de toutes pièces.

De cette façon, nous ne nous réalisons pas mais au contraire, nous nous « conformons ». C’est une manière d’incarner un personnage, de se donner un rôle. Ce processus de formation de soi est peut-être encore plus dangereux que le premier car il ne conduit pas à l’occultation de soi mais à la négation de soi. C’est-à-dire qu’il ne s’agit plus de « ne pas se connaître », mais de « croire que l’on se connaît », et donc de se mentir à soi-même.

Créer sa propre forme : s’incarner soi-même

Ces deux modes précédents de formation du soi ont un même point commun : la « représentation ». Que ce soit l’image de l’autre ou l’image de soi, les deux sont des représentations, des réalités fantasmées. Or pour s’incarner soi-même il faut dépasser le fonctionnement des représentations pour entrer dans celui de la création.
Cela implique premièrement, de quitter l’idée d’une image prédéfinie de soi qu’il faudrait reproduire ou construire, mais accepter que sa forme est en devenir. Ensuite, il est nécessaire de comprendre que la création est un processus vivant donc en perpétuel mouvement : la forme du soi est non seulement en devenir mais en évolution permanente. Rien de figé ne peut convenir à des êtres vivants. Pour « s’incarner soi-même » et donc entrer dans le processus de création de soi, il est nécessaire d’accepter les processus multiples de transformation et les métamorphoses. A la manière d’une chenille qui devient papillon, nous évoluons en changeant de « mues » pour aller au plus proche de nous-mêmes. Enfin, il est important de rappeler que la création est une force et une impulsion. Il ne s’agit donc plus de se conformer à un prototype mais de réaliser une force sous-jacente.

Nous aimerions ici nous éclairer à partir de la pensée du philosophe Schopenhauer, dans la “Musique comme incarnation du monde”. Pour lui, la musique « incarne » l’essence intime des choses. En ce sens, l’incarnation vient précisément s’opposer à la représentation car elle les dépasse. Elle est force de vie, elle n’est pas le phénomène (ce qui nous apparaît), mais l’être en soi.

« S’incarner soi-même » ce serait donc puiser dans son potentiel créateur pour trouver une forme qui réalise vraiment son être.

L’écoute de Soi

Cela implique d’être à l’écoute de son propre rythme, de sa propre musique, et de sa force intérieure. Pour conclure, nous poserons donc l’écoute de soi comme la première clef dans l’incarnation de soi. Une écoute holistique et profonde : du corps, du cœur, et de l’esprit.

Les exercices suivant peuvent vous aider à pratiquer cette écoute. Pour le corps : les exercices d’ancrage sont recommandés car ils permettent d’entrer dans l’expérience et d’écouter la « sagesse de notre corps » ; pour le cœur : les exercices créatifs et artistiques sont conseillés car ils facilitent l’expression de nos émotions et d’apprendre à décrypter leurs messages ; pour l’esprit : la pratique de la méditation s’avère très bénéfique car elle nous donne l’espace de vide, de distance et d’écoute nécessaires à l’émergence d’une forme authentique du soi.

Bonne création !

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