Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Nudité et sexualité : de la honte à l’acceptation de soi

En tant que femme, si notre rapport au corps est souvent complexe, c’est parce que toute l’attention du monde est portée sur lui : le corps des femmes. Cette chair qu’on sexualise, cette chair qui est capable d’insuffler la vie merveilleuse, cette chair qu’on brutalise et qu’on adore… Sur nos corps de femmes sont simultanément jetés le désir et l’opprobre.
Mais d’où cela vient-il ? En tant que femme, il peut être difficile d’apprécier la nudité de nos corps. Il peut être ardu d’accepter pleinement sa sexualité et de s’épanouir à travers elle. Alors comment changer de camp, et passer de la honte à l’acceptation de soi ?

Être nue, c’est rester “en l’état de nature”

Dans l’inconscient collectif européen, la nudité revêt le masque du sauvage. Être nue, c’est rester “en l’état de nature”. À l’heure de la découverte des autres civilisations – d’Asie, d’Afrique, d’Amérique… – les peuples nus sont automatiquement considérés comme non civilisés.

Dans notre société, et ce depuis des centaines d’années, le vêtement hierarchise. Il est un symbole de richesse et d’élévation sociale. Plus nous sommes habillées, plus nous sommes respectables, réfléchies, cultivées.

Les civilisations qui ne protègent pas leur peau – ni des regards, ni de la nature – manquent forcément de culture et d’organisation. Elles sont sauvages. Elles sont innocentes, mais de cette innocence idiote et bestiale. Et puis, elles sont pauvres.

Être nue et oser se regarder, voire s’apprécier dans son simple habit de chair, c’est assumer sa part sauvage et souveraine. C’est aller à l’encontre de ce carcan et dire : “Dans ma nudité, je suis riche, je suis un bijou de la création et cette conscience du sacré que je suis me donne le pouvoir”.

Le contrôle des instincts et des pulsions : entre désirs et tabous

Nous sommes des êtres charnels. Incarnées, nous sommes désirantes et désirables. Cela signifie que nous sommes douées de désir et que nous le provoquons dans les corps et les esprits des autres personnes.

Les mœurs européennes, conditionnées par un puritanisme religieux devenu excessif, ont diabolisé ce désir et les pulsions de vie qui l’accompagnent. Une immense pudeur ainsi qu’une grande gêne se sont imposées à nos esprits, face à l’idée de nudité.

Il n’était plus question de vivre une sexualité qui n’ait un autre but que la procréation, ni qu’un seul morceau de chair ne soit dévoilé sans absolue nécessité. Les couples se sont mis à s’aimer habillés, une seule fente au niveau du pubis pour permettre la rencontre des corps. Chacun craignant la part animale en soi, cet instinct pécheur qui pousse à l’exaction.

Devant une discipline des corps devenue si restrictive, et devant l’émergence de cette peur de soi – de ce que nous portons de primal en soi -, nos esprits ont construit une vision particulièrement pessimiste de notre corporalité.

Les femmes sensuelles et sexuelles, sorcières à chasser

Les femmes en particulier en ont payé le prix, et le paient encore. Ainsi, la mise à nue est-elle devenue un acte de torture et d’humiliation. Les femmes adultères – des femmes aimantes et désirantes, à une époque où le mariage n’était pas affaire d’amour – étaient tondues et obligées de circuler entièrement nues dans les rues, moquées et insultées par le peuple.

Les femmes accusées de sorcellerie étaient dénudées et rasées – cheveux, poils pubiens, etc… – afin qu’on puisse débusquer le sceau du diable sur leur peau. Cette violence du dévoilement, marque d’exclusion de la société, avait pour but de les dépouiller de leur dignité.

Aujourd’hui encore, des pratiques visant à abolir la sexualité des femmes, leurs désirs et leur plaisir, ont lieu. L’excision en est l’exemple le plus effarant. La sexualité des femmes effraie particulièrement car elle est empreinte d’un pouvoir absolu : celui de donner la vie.

Il est un mystère dans cette action qu’aucun homme ne peut appréhender ni contrôler. Cette magie du corps et de la sexualité, cette force du désir féminin fait de nos corps l’objet le plus convoité et le plus inquiétant qui soit.

Notre rapport à la sexualité

Avoir honte de soi, réprimer son désir et sa sexualité

Chaque femme porte – à divers degrés – cette mémoire lourde du Féminin en soi. D’une femme à l’autre, son impact est différent, selon que notre lignée a vécu des répressions de cet ordre plus ou moins éloignées dans le temps, ou que nous l’ayons vécu nous-même.

Les conséquences de notre histoire collective sont multiples et se manifestent dans notre vie quotidienne par une aversion envers notre corps et/ou son pouvoir sexuel, par une difficulté à vivre et à apprécier pleinement notre sexualité, par des douleurs menstruelles… etc.

Le lien entre notre corps et notre esprit est saboté, nos instincts de femme sont éteints ou prisonniers, et nous ne parvenons pas à nous sortir de cet état. Mais ce n’est pas une fatalité. Nous pouvons retrouver nos pleins pouvoirs, entrer dans l’acceptation totale de soi et vivre épanouie dans notre sensualité.

Notre relation à notre nudité est une première étape. Que se passe-t-il quand nous prenons le temps de nous déshabiller devant un miroir, de nous voir nue ? Si nous notions tout ce qui nous vient à l’esprit, tout ce que nous ressentons ?

Créer son espace intime

En tant que femme, nous sommes régulièrement soumises au regard inquisiteur des autres. Le regard des hommes, et celui des autres femmes sur soi, est source d’inquiétude. À quel moment sommes-nous en sécurité dans notre intimité ?

Il est important de créer et de délimiter son espace intime. Un espace où, dans un premier temps, personne d’autre que soi ne peut être convié. Ni conjoint.es, ni enfants, ni amant.es. Un espace pour soi.

Dans cet espace, nous allons pouvoir apprivoiser cette chair qui nous compose. L’apprivoiser par le regard, mais aussi par les gestes et le toucher. Il s’agit de prendre du temps pour parvenir à poser un regard neutre sur soi. “C’est ce que je suis.” La deuxième étape consiste à se regarder avec amour, voire avec plaisir. Cela peut prendre du temps mais ce n’est pas grave, c’est le chemin qui compte.

Nous allons pouvoir regarder sous toutes les coutures, toutes les parties de notre corps. “Alors mon sexe ressemble à ça ?” Nous allons pouvoir caresser et choyer toute la surface de notre peau. Poser les mains, glisser les doigts sur tous ces endroits inconnus que nous n’effleurons jamais. S’apprivoiser pour s’accepter pleinement et se donner de l’amour.

La plasticité des corps et l’érotisation du regard

Hommes comme femmes, nous sommes soumis à des injonctions plastiques très fortes, qui sont mouvantes dans le temps et l’espace. Il est difficile de vivre une réalité physique différente de celle qu’on nous indique comme étant idéale et que nous retrouvons partout.

Ces injonctions se regroupent toutes sous le même joug : celui d’être agréable à regarder. Notre regard portés sur les corps – le nôtre, ceux des personnes que nous croisons – n’est pas neutre. Sociétalement, nous portons comme un filtre qui a tendance à érotiser ou dévaluer chaque parcelle de peau que nous voyons.

La pression est forte, pour que nous puissions correspondre à ces idéaux. Si les autres peuvent paraître cruels et discriminants, la personne qui l’est souvent le plus envers notre corps, c’est nous-même. Trop grosse, trop petite, trop noire, trop carrée, trop adipeuse…

La diversité des corps n’a pourtant d’égale que sa beauté. Changeons notre regard. Que se passe-t-il si demain nous décidons de ne pas nous maquiller pour sortir ? De ne pas participer à cette compétition des corps ? Au commencement, cela est difficile. Mais avec de la persévérance, c’est profondément libérateur.

Le premier pas vers l’acceptation de soi – le plus transformateur – peut parfois prendre l’allure simple d’un coup de fond teint qu’on “oublie” d’appliquer un matin… ! Et vous, quel est votre rapport à votre nudité, et à votre sexualité ?

Commentez

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.