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Ode au dépouillement

Se dépouiller, c’est élaguer, conserver l’essentiel et couper le superflu. Faire preuve de sobriété. C’est se mettre à nue. Amorcer une mue volontaire. Faire le vide pour mieux se rapprocher de son humanité. Le dépouillement, c’est là l’invitation de la saison d’hiver. De décembre à février, autorisons-nous à vivre ce passage salvateur.

Perdre, être dépouillée et faire le deuil

Au cours de notre existence, nous gagnons quantités de choses et de relations. Mais gagner, cela signifie aussi perdre, car rien n’est acquis pour l’éternité. C’est le cycle de la vie, rien n’est permanent, tout fluctue. C’est aussi accepter la loi de l’équilibre qui nous rappelle que nous vivons des gains ET des pertes tout du long.

Ce dépouillement que l’on vit malgré soi, lorsqu’on perd un être cher, un emploi, une faveur, ou que la maison brûle… C’est d’abord une immense douleur. Nous n’acceptons pas de perdre, et c’est dans ce refus mental et émotionnel que nous souffrons.

Nous avons d’abord envie de nous révolter contre le dépouillement et les pertes, plutôt que de les accepter. C’est une leçon. Il arrive que nous soyons violemment dépouillées par la vie, quand nous tardons justement à prendre ce chemin de la sobriété. L’exercice est d’apprendre à lâcher prise, et de s’en remettre totalement à ce qui est.

Le renoncement devient alors volontaire : “Je prends conscience qu’en renonçant à de faux besoins, je suis plus libre et j’ai davantage de temps et d’espace.”

Il s’agit de faire le deuil de ce qui est perdu, et ce deuil peut s’envisager avec douceur. Parfois même avec joie. Petit à petit, nous faisons le deuil de nous-même : celle que nous étions empreinte d’un passé qui n’existe pas, de pensées et de croyances qui n’ont pas de réalité. Il s’agit du fameux “moi histoire” qui se raconte sans cesse des scénaris imaginaires.

Tout lâcher pour ne rien devenir. Tout lâcher pour simplement ÊTRE à chaque instant, indéfiniment.

Renoncer volontairement, vivre la traversée du désert

Cela passe par une observation des relations personnelles que nous entretenons, ainsi que de notre rapport aux choses. Une observation qui se veut minutieuse, détachée et sans jugement. Simplement, constater ce qui est.

Le choix nous revient ensuite de renoncer er et de rompre. À ce stade, nos émotions nous rattraperont inévitablement. Nous entrerons dans une phase de lutte avec soi : “je sais que je dois abandonner mais c’est difficile, je souffre à cette idée”.

C’est un moment inconfortable. Notre mental n’a plus rien à quoi se raccrocher si nous renonçons à tout. Qui suis-je, sortie du contexte de mon passé, si je ne me projette pas dans l’avenir ? Sans mes idées sur la société et mes croyances concernant le monde qui m’entoure ? Qui suis-je sans le personnage que je joue, sans les masques que je porte pour être reconnue, aimée, dans le moule qu’on m’a proposé ou imposé ?

La réponse peut effrayer : rien. Ou tout. Je suis purement et simplement l’essence du vivant, je vis, JE SUIS. Et ça s’arrête là. Je suis comme une seule cellule de mon corps, essentielle et nue.

Une fois ce vide apprivoisé, nous pouvons couper tous les liens qui emprisonnent, empoisonnent et illusionnent. Et nous pouvons le faire dans l’attention, l’amour et la tranquillité.

Le dépouillement : une expérience de pauvreté intérieure

Vivre dans l’Être, c’est une nouvelle façon de vivre qui demande beaucoup de courage. S’abandonner complètement à la réalité de l’ici et maintenant c’est être sans filet, vulnérable. Ce qui se passe ici et maintenant peut amener la vie ou la mort.

Toutes les stratégies d’évitement sont abandonnées. Le mental ne tourne plus à plein régime. Il redevient ce pour quoi il a été conçu : le rouage qui fait le lien entre notre essence et la matérialité du monde dans lequel nous évoluons.

En l’expérimentant, nous accueillons chaque nouvel instant avec un esprit neuf et vierge. C’est une épreuve déstabilisante. Les premières fois, notre mental nous opposera une vive résistance. Toutes les pensées, sensations, émotions vont remonter à la surface, dans une immense cacophonie.Nous nous accrochons désespérément au connu, aux habitudes, aux conventions, il est difficile de sortir de sa zone de confort.

Selon Jiddu Krishnamurti la vie est un fleuve en perpétuel mouvement. Accolées à ce fleuve, nous avons toutes creusé une petite fosse, que l’eau du fleuve a remplie. Cette petite mare d’eau stagnante fait référence à tous les bagages du passé auxquels nous nous accrochons continuellement. Par sécurité, nous préférons nous baigner dans le petit lac d’eau croupie, plutôt que de plonger dans le courant entraînant et parfois tumultueux, malmenant du fleuve.

Se mettre à nue et être prête à mourir

C’est pourquoi, réapprendre à vivre dans le moment présent est une véritable mort. Une mort symbolique d’une grande puissance : celle de toutes nos illusions.
C’est la mort de la personne, du personnage que l’on croit être.

Nous ne plongeons jamais aussi bien dans le vide que lorsque nous mourons. Vivre l’instant présent, en pleine conscience, c’est plonger dans le vide à chaque seconde. C’est dans ce néant que ce qui nous a rempli jusqu’à la lie va naturellement commencer à remonter à la surface.

Une couche après l’autre, ce qui a été enterré sous le fleuve va ressurgir. Bien sûr, cela suscite beaucoup d’angoisse et de peur. Le fleuve de la vie prend alors les atours du Styx. Nous embarquons pour un voyage au cœur de nos Enfers personnels, rencontrer nos plus vieux démons.

En réalité, nous faisons simplement face à tout ce qui nous habite. TOUTE CETTE VIE à l’intérieur de soi, compressée, astreinte au silence. Le seul moyen de se dépouiller complètement, c’est de ne pas résister. Laisser, à chaque instant, le passé mourir derrière soi.

Dépouillement : Femme nue derrière des fougères

Nue je suis sortie du ventre de ma Mère, nue j’y retournerai

Si l’expérience du dépouillement, de la mort et du deuil peut sembler difficile, elle n’en est pourtant pas moins vivifiante. Nous faisons de la place dans notre esprit et dans notre corps. C’est dans cet espace que nous pouvons naître à nouveau. Nous savons que la vie succède toujours à la mort.

Nous naissons nues. De cette nudité s’exprime notre vulnérabilité. Se dépouiller, c’est se rendre vulnérable. Abattre les murailles, baisser les armes envers la vie, les autres, mais aussi soi-même. Il n’y a rien de plus vrai qu’une personne nue dans l’existence.

Être nue, c’est s’offrir la chance d’avoir tout donné, et celle d’apprendre à vraiment recevoir. C’est s’observer et se connaître sans opposer de jugement sur ce que nous sommes. Enfin, c’est entrer dans l’absolue confiance et dans la foi.

Le dépouillement comme source de générosité

Dans cette quête de la simplicité, nous rencontrerons la gratitude, envers tout ce qui nous quitte et tout ce que nous quittons dans la joie. Il ne s’agit pas de jeter pour jeter. Nous pouvons choisir d’offrir. De donner ce que nous avons jadis chéri et souvent porté à même notre corps.

Le dépouillement est une source d’altruisme et de générosité face à la vie et face à autrui. Se dépouiller, c’est s’autoriser à prendre du plaisir à travers le rangement, le changement, le don, le renouveau et l’inconnu.

L’espace ouvert amène de nouvelles opportunités, de nouveaux projets et de nouvelles voies. Le souhait que nous désirions tant se matérialise, la personne attendue se présente à nous, le travail voulu se concrétise… La sobriété heureuse, c’est peut-être ça : l’art d’être généreux avec les autres, et avec soi-même.

Et vous, comment vivez-vous le fait d’être dépouillée ? De choisir l’acte du dépouillement au sein de l’hiver ?

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