Danse et Sens

Qu'est ce que la Danse et Sens ? ... Ou la philosophie de ma danse ...

Mes choix artistiques partent de la respiration, de l'origine de la naissance du mouvement, du silence...
Alors que la plupart des spectacles remplissent la scène de lumières, de costumes, de scénographie, de gestes, de musiques, d'accessoires, je m'efforce de vider, d'aller à l'esssentiel, de ralentir le « trop de notes » de Mozart.
Je vise à retrouver le presque rien, le dépouillement...

Explorer les sources du mouvement

D'emblée, le ton de sa carrière, ou plutôt de son « cheminement », est posé : résolument en marge des cadres traditionnels de la danse. Car Patricia est avant tout une exploratrice du mouvement. Elle pratique ce qu'elle appelle la « danse et sens ». «Je cherche à faire émerger l'essence du mouvement, ce qui vient de l'intérieur, du plus profond de chacun. Mais pour ça je m'appuie sur les sens, en tant que capteurs d'information, ce qui met l'individu en relation avec l'environnement et le nourrit, pour à la fois exprimer ce qui vient de l'intérieur et imprimer ce qui se vit à l'extérieur. » Une démarche très personnelle qui la conduit à s'ouvrir à d'autres disciplines: « J'ai constaté que cette pratique de danse amenait beaucoup d'émotions chez les gens ; j'ai essayé de comprendre pourquoi. » Dès lors, exploration de la danse et de l'humain vont de pair. Des rencontres déterminantes (le penseur Yvan Amar, mais aussi des psychologues comme Jacques Salomé et Paule Salomon, et surtout le psychanalyste Guy Corneau avec qui elle collabore lors de séminaires de développement personnel depuis 14 ans), la découverte de nouvelles « techniques » (la danse contact improvisée et plus récemment la BMC® ou Body Mind Centering auquel elle s'est formée durant 4 ans ) l'amènent à approfondir sa démarche artistique pour faire émerger le mouvement vrai, spontané. Et rien de tel que de danser en nature pour atteindre cette authenticité. V.Perriot

Danser en plein air

« Au départ, la danse en nature est venue de mon envie d'être dehors. Et puis je me suis aperçue que ça amenait une autre conscience du mouvement ; le danseur est à l'écoute de sa musique intérieure, tout en étant inspiré par les mouvements de la nature, ses éléments, l'eau, la roche, le sable, ses saisons, qui lui permettent d'élargir sa palette gestuelle. J'ai donc multiplié les stages en ce sens. »
Dans le Vercors, où elle réside, mais aussi en Corse ou dans le désert du Sahara, où elle se rend tous les ans. Parallèlement, elle crée l'association « Le Cil du Loup », organise des rencontres de danse contemporaine et commence à monter ses propres projets.
« J'ai toujours besoin d'une forme de création, même si je vis aussi d'autres choses !». Mère de trois enfants, Patricia est une femme gourmande de vie, avec toujours un éclat espiègle au coin de l'œil. « En fait, je crois que je me suis mise à la danse parce que j'avais des difficultés à rentrer en relation avec les êtres humains. La danse m'a civilisée », confie-t-elle. A 46 ans, apaisée, elle est prête pour aborder une nouvelle étape de son chemin : celui de l'ouverture aux autres, du mouvement vécu comme un trait d'union, « un moyen de relier les gens entre eux ». Sa résidence au CHU de Grenoble, auprès des soignants mais aussi des patients Alzheimer, l'organisation de bals modernes sur le plateau du Vercors, ainsi que son dernier projet, les « Sentiers du cœur », s'inscrivent clairement dans cette perspective. « Il y a un aspect politique, c'est clair. J'ai envie que les gens se rencontrent. J'ai envie que dans cette société de consommation il y ait des choses qui changent. Ce qui m'intéresse, c'est de créer des liens, d'amorcer un changement d'attitudes. » Et de résumer son projet, comme son parcours : « pour moi, la danse, c'est un chemin pour aller vers l'autre. »

Principes de « danse & sens » :

  • le toucher, l'écoute, le contact
  • les sens, le ressenti, les sensations
  • l'adaptation aux lieux, aux saisons, aux autres, à son propre état
  • l'étude et le vécu de la globalité du corps dans son ensemble et son harmonie (droite/gauche, haut/bas, devant/derrière...)
  • la conscience de la respiration et de la circulation d'énergie
  • le rapport à la terre (l'enracinement, les appuis, la verticalisation, la marche)
  • le poids
  • les articulations
  • l'assouplissement des muscles postérieurs
  • la présence
  • l'espace : les lignes, les courbes, remplir/vider, intérieur/extérieur
  • la musicalité du mouvement, le silence, mais aussi la musique variée et entraînante
  • le lent/le rapide
  • les choix de qualités gestuelles, de direction, de rapport à l'espace, aux autres
  • la détente, le retour au centre, la relaxation, l'accueil du mouvement
  • l'axe, l'équilibre/déséquilibre
  • le centre/les extrémités
  • la confrontation à l'autre, à la surprise, à l'inattendu
  • le plaisir de bouger, de créer
  • aller au-delà du connu, vers l'avenir, se libérer des contraintes, ouvrir son champ de vision
  • se déconditionner, accepter la transformation du corps et par extension de sa façon de vivre.

La nature est source de créativité.

Si nous apprenons à l'observer et si nous prenons le temps de nous en imprégner, des gestes simples apparaissent en harmonie avec notre environnement.
Nous entrons en résonance avec les éléments et nous ressentons progressivement notre lien profond avec l'univers .
Les sens en éveil, nous vivons des sensations des plus sauvages aux plus subtiles.
La "danse & sens" est une pratique de danse en plein air, destinée à vivre notre propre expression et retrouver notre élan créateur.
J'ai créé un cycle « danses à vivre au fil des saisons ».
A chaque saison, nous associons un élément nous permettant d'entrer dans des qualités de mouvements spécifiques.
Elle se pratique en plein air, dans des lieux préservés. La danse naît d'expériences sensorielles vécues au contact des éléments qui éveillent tous les sens et relient l'individualité à l'universalité.
Le corps s'exprime dans sa globalité, de façon plus authentique et créative, en relation à l'instant...
Cette danse amène chacun à chercher sa propre danse à travers des outils qui pourront être réutilisés de façon autonome.
Les stages alternent entre des exercices individuels et collectifs visant à faire circuler l'énergie pour retrouver l'aisance d'un mouvement le plus naturel et le plus fluide possible.
L'idée est de développer l'expression créatrice, mais surtout de bouger en conscience et de "jouer" dans l'espace.
La particularité de cette démarche est de danser en partie en plein air (qu'il pleuve ou qu'il neige...), au contact des éléments.
Ceci pour retrouver des liens avec l'univers qui nous entoure, duquel nous sommes souvent coupés, et donc avec notre propre univers.
Elle est basée sur les techniques de danse improvisée, danse contact, danse & sens, et quelques principes de body mind centering (organes, réflexes, processus de verticalisation, les schèmes de développement...), kinésiologie et symbolique des éléments de la nature.
Elle comprend un échauffement préparant au mouvement à travers des exercices individuels et collectifs, et un atelier de recherche et d'improvisation pour composer des danses sur le thème de la journée.
Ceux-ci sont directement inspirés des éléments : minéral, eau, sable, végétal et des sites rencontrés : plage, rivières, forêt, rochers...
La qualité de vécu au contact de la nature influence nos danses et notre gestuelle.

Elle nous nourrit et affine notre sensibilité et permet un développement de notre créativité.

  • Les danseurs se laissent inspirer par le site tel qu'il est et ne cherchent pas à le modifier : le respect des éléments est primordial : on ne casse pas, on ne déplace pas, on s'adapte.
  • Les danses naissent des espaces et du " décor " trouvé : les éléments minéral, végétal, liquides influencent notre gestuelle différemment et permettent des émotions et des sensations spécifiques.
  • Chaque passage suivant le moment où il a lieu permet de vivre l'instant présent sans qu'on ne puisse retrouver exactement la même danse d'une fois sur l'autre.
  • Le " travail " de recherche a lieu quelque soit le temps qu'il fait, un cycle est d'ailleurs proposé à chaque saison : on danse aussi bien dans la neige l'hiver, que dans l'eau l'été.
  • L'accent est mis sur la découverte et l'éveil des sens, capteurs d'information privilégiant la stimulation d'un mouvement le plus naturel et le plus libre possible.

Enseigner, danser, créer, ont été pour moi, autant de leçons de vie et de créativité, qui me permettent de transmettre aujourd'hui cette « démarche », ce bel accueil des sensations, des émotions et de leur transformation à travers le corps dansant.
C'est l'occasion à chaque fois de se découvrir, de se mettre à nu, de partager des instants de délice comme de souffrance, mais une « souffrance constructive » ..., non vaine, pour une naissance ou une renaissance du corps, mais aussi de la personne dans sa globalité.
D'un périple dans la nature, à travers les saisons ou non, on accomplit un voyage intérieur. Je suis sensible à cet aspect du processus, de par mon vécu dans les séminaires de développement personnel avec des thérapeutes, sans pour autant vouloir devenir moi-même thérapeute.
Parfois, sans que cela soit une thérapie, l'expression artistique est une véritable guérison...

Suivant ce que l'on cherche, on trouvera des réponses à ses blocages énergétiques, créatifs, ses nœuds émotionnels, ou simplement le plaisir d'être en plein air, caressé par le vent, chatouillé par les cailloux, roulé dans l'herbe, embrassé par des racines, enveloppé par mille odeurs, et baigné dans des lumières tellement difficiles à recréer en théâtre...
Retournons à notre source originelle, fondamentale.

« Le sens de la vie, c'est d'une façon générale, l'élan créateur d'un individu. Le besoin de créer est l'élan universel qui anime tout dans la nature. Il arrive toujours un moment où le besoin créateur propre à l'individu fait pression sur lui et lui demande de sortir des sentiers battus de son existence.»
Marie-Claire Dolghin - « Les saisons de l'âme »

« L'art est important. Il marque les commémorations des saisons de l'âme ou d'un événement particulier ...»
Clarissa Pinkola Estès - « Femmes qui courent avec les loups »

Celle-ci parle également de cette nécessité de créer sa vie.
Par rapport à la nature, elle raconte que lorsqu'elle était petite :
« les chenilles velues qui tombaient des branches et rampaient pour remonter m'enseignèrent l'obstination, les chatouilles qu'elles me faisaient en évoluant sur mes bras me révélèrent que la peau est vivante. Et j'eus un avant-goût de la sexualité en grimpant au sommet des arbres... »

Cela fait une vingtaine d'années que je cherche, que j'expérimente, que j'évolue vers ce travail de « danse & sens » et notamment ce cycle de quatre stages « danse & sens au fil des saisons » formant un tout.
Celui-ci nous permet de "visiter" les éléments qui nous habitent en explorant tour à tour des "zones" de notre corps, en fonction des saisons.
Chaque saison nous apporte l'occasion de prendre conscience des cycles de « vie-mort-vie » tels qu'en parle Clarissa Pinkola-Estès, et que nous connaissons tous.
Mon idée de proposer une formation du « corps dansant » durant les quatre saisons vient d'un vécu d'une quinzaine d'années de recherche et d'expérimentation de danse dans la nature, ne parvenant pas à m'enfermer dans les studios de danse toute l'année.
Ayant grandi dans les montagnes, et appartenant à une famille de sportifs de plein air, c'est aussi l'expérience d'une quarantaine d'années de vie (avec ses questionnements et ses démarches « d'intégration de soi »), qui m'a fait vibrer et sentir le cadeau que nous offre le vie dans la nature.

Elle m'a permis de développer un corps en mouvement, vivant et créatif.
J'ai commencé par « tester » des exercices et des expériences sensorielles, guidée par mon instinct et accompagnée par mon observation de l'être humain en chemin...
Je me suis aussi inspirée de stages suivis entre autres avec Mark Tompkins, Hervé Diasnas et de ma collaboration avec Claude Coldy.
Avant même que naisse en avril 1999, l'analyse de Marie-Claire Dolghin - dans « Les saisons de l'âme » (Editions Dervy), j'avais transpiré, pleuré, senti, ressenti, bougé, mue, mûri mon corps et ma danse à travers les saisons, dans la nature, mais aussi en salle...
Je me suis également inspirée de « Médecine de la terre » de Kenneth Meadows (Editions Guy Tredaniel), de cette vision amérindienne du rapport à la terre, et de « la tête aux pieds » d'Odile Rouquet (Editions ).

Je tente aujourd'hui d'écrire ces sensations, alors que je les ai inscrites jusqu'à maintenant au plus profond de mon être.

Pourquoi ... Le Cil du Loup ?

C'est le titre d'un conte de Clarissa Pinkola Estès.
Un matin, en me levant, c'était devenu le nom de mon association.
Il regroupe mon côté féminin et éphémère de la danse (cil), mon côté masculin et sauvage (le loup) et donnait une qualité à la danse que je recherche : une vérité et une authenticité données grâce à un autre regard. Le point de vue est important.
Il peut être étriqué et fermé, il peut être ouvert et panoramique. J'admire les rapaces qui ont une vue perçante, les aigles qui peuvent regarder le soleil en face.

«Le loup a des sens aiguisés, un esprit ludique, une aptitude extrème au dévouement.
Relationnel par nature, il manifeste force, endurance et curiosité.
Il est profondément intuitif, très attaché à sa compagne, ses petits, sa bande.
Il sait s'adapter à des conditions perpétuellement changeantes.
Son courage et sa vaillance sont remarquables...
»
Clarissa Pinkola Estès - «Femmes qui courent avec les loups»